Non classé, un peu de moi

14 jours

14 jours. 14 longues journées. 14 belles journées aussi, et la fierté d’y être parvenue. 14 jours sans hurler sur mes fils, 14 jours sans vriller. Car oui, c’était devenu quotidien.

On peut dire et montrer ce qu’on veut sur les réseaux. On peut avoir lu Filliozat, Dolto et bien d’autres, on peut être INTIMEMENT convaincue que la violence n’avance à rien, on peut être résolument pacifiste… et décapsuler. Passer ses journées à beugler, mettre au coin, faire chanter, menacer, parfois pire.

Oui, c’est possible. Il y a ceux qui ne voient pas où est le mal avec la fessée. Il y a ceux qui réussissent à prendre sur eux sans que jamais leur colère ne rejaillisse sur leurs enfants.

Et puis, il y a nous. Au milieu. Nous qui ne supportons pas la violence. Nous qui SAVONS ce qu’être un enfant veut dire. Nous qui SAVONS que les mots, les gestes, blessent et laissent des traces indélébiles. Mais nous qui échouons. Nous qui ne parvenons pas à mettre une distance salvatrice entre nos émotions dévastatrices et nos paroles ou nos actes.

14 longs jours à parler, expliquer, répéter, inlassablement, encore et encore et encore.

14 jours à grandir. 14 jours à remonter dans ma propre estime.

Cela fait 14 longs jours que je n’ai pas perdu pied avec mes enfants. Certains ne verront pas où est l’exploit, d’autres diront même « encore heureux ».

Mais moi, je sais. Je reviens de tellement loin. L’ancienne Delphine aurait dit « Pas de quoi s’enflammer, pas la peine d’en parler, deux petites semaines de rien du tout ». Mais la nouvelle Delphine est une reine (oui, oui) et se dit « PUTAIN. Je l’ai fait… 14 jours. 1+1+1+1+1… »

Je ressens une si grande joie et une si grande fierté. Et même, c’est assez fou mais pour la première fois de ma vie, je RESSENS que la bienveillance appelle la bienveillance. Plus je m’efforce de garder mon sang-froid, moins je bous.

On peut savoir, on peut être convaincue, sans intention, sans ressenti, tout cela reste lettre morte.

14 jours, c’est rien et c’est tellement énorme pourtant.

L’autre jour, quelqu’un m’a dit « Quoique vous fassiez, gardez toujours à l’esprit cette question : qu’est-ce que je garde, qu’est-ce que je jette ? ». Ça a l’air évident comme ça, et pourtant… Bon sang que c’est dur !

J’en parlais dans mon précédent article, j’ai un rapport à la colère très violent et ravageur. Je ne sais pas ce qu’est une saine colère. Quand la colère vient, elle détruit tout sur son passage, je n’ai plus aucun discernement, plus aucune bienveillance, plus aucun recul. Toutes les digues construites depuis des années et des années lâchent les unes après les autres, et c’est le tsunami…

Si vous avez appris à identifier et à apprivoiser vos émotions, si on vous a autorisé à les ressentir, j’imagine que cela doit être difficile à concevoir, mais moi en colère, j’étais incapable de m’isoler, de redescendre.

Véritable furie, brasier, je cherchais inlassablement bois, brindilles, herbes folles, bûches pour alimenter ma colère. Encore et encore et encore. Je crois que tant qu’on ne ressent pas pareille colère, on ne peut pas comprendre. La moindre petite, toute petite colère est chez moi synonyme de ravage.

Qu’est-ce que je garde, qu’est-ce que je jette ?

Je garde les sourires, la confiance, les caresses, mais aussi les larmes, la colère de mes enfants qui arrivent parfois à me dire pourquoi ils sont furieux ou blessés (quel plus beau cadeau pour quelqu’un comme moi ?), les échanges qui font grandir, les principes d’éducation sur lesquels, quoiqu’il arrive, je ne lâcherai jamais.

Je jette mes blessures du passé (après les avoir désinfectées et pansées), les broutilles qui me rendent folle, ma colère éphémère.

« Sors, crie dans un oreiller, bois un verre ». Combien de fois ai-je entendu ces mots ? Ils me faisaient si mal ! Mon Dieu, si j’avais pu me calmer en sortant, en buvant, en fumant… Je l’aurais fait ! Mais je n’en étais pas capable.

Il a fallu que je remonte le fil, que je m’adresse à la petite Delphine, que j’arrache les pansements sur mes plaies infectées que je refusais de voir, pour commencer à me soigner et à cicatriser. C’est long. J’ai l’impression de gravir un escalier sans fin. Mais tant que je monte vers une meilleure version de moi-même, alors je continue sans m’arrêter.

C’est difficile aussi. Douloureux parfois. Et frustrant. D’ailleurs, je continue de me fâcher, de hausser le ton. Parfois des phrases stupides et méchantes sortent encore de ma bouche malgré moi. Ce n’est pas grave, je respire, je ferme les yeux et je pense à ma plage intérieure. Je m’excuse, on recommence. Avec de l’indulgence envers moi-même et l’intention d’une vie meilleure. L’intention de leur offrir ce que je n’ai pas eu : le droit de TOUT ressentir.

Je me pardonne. Et j’avance.

14 jours. Et demain, 15.

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