enfant intérieur, un peu de moi

Petite Delphine

L’autre jour, j’ai eu la chance inouïe d’être invitée en Angleterre pour le lancement d’un porte-bébé. Le lendemain du lancement, nous avions quartier libre et j’en ai profité pour faire les magasins avec les copines. Depuis près d’un an (et les soucis que vous savez), je n’aime plus tellement me balader dans les temples de la consommation que sont les grands magasins, mais bon, j’étais à Londres, c’était cool, je pouvais bien faire une exception.

Nous sommes allées chez Primark, où j’ai craqué pour un tee-shirt qui était fait pour moi. En partageant la photo de mon achat sur les réseaux, je me suis excusée d’avoir craqué dans cette chaîne de magasins, qui disons-le, fait travailler les enfants et surpollue la planète. Et c’est là que quelqu’un m’a dit « Certes, mais une fois de temps en temps… C’est important de nourrir notre enfant intérieur non ? »… Nourrir son enfant intérieur. Les mots ont coulé à l’intérieur de moi, comme des cailloux qu’on jette dans l’eau (souviens-toi, j’ai trop d’eau). C’est comme si quelqu’un te disait d’un coup « la Terre est ronde », alors que tu pensais qu’elle était plate.Nourrir son enfant intérieur… C’est une évidence et pourtant. Je ne le fais pas, mais je sens que je devrais, que ça me ferait du bien.

Deux jours plus tard, Maman Orange m’envoie le lien de cet article, qu’elle a écrit il y a plus de deux ans. La claque. Je me rends compte que mon enfant intérieur, je le maltraite, je l’étouffe en le niant, depuis longtemps, très longtemps. J’ai compris pas mal de choses sur moi en thérapie, ainsi qu’au cours de mes lectures.

Je suis quelqu’un de violent. Je veux dire, pas forcément au quotidien, pas de prime abord, mais en-dedans. Mes émotions sont violentes. Mes réactions peuvent être violentes. Ma colère… Je ne sais pas ce qu’est une saine colère. La colère chez moi est dévastatrice, ravageuse. Quand mes enfants me mettent en colère, mes mots, mes actes parfois, me dépassent. Bien sûr, je finis par me calmer, et demander pardon, mais je me suis toujours sentie brisée en dedans, sans jamais vraiment savoir pourquoi.

Et puis j’ai compris. Ces mots que je crie à mes enfants, ces menaces, ces chantages, ces exclusions au coin, alors que je suis farouchement CONTRE les violences éducatives et que je SAIS que ça ne sert à RIEN. C’est à moi que je les impose. C’est moi que je punis. Enfin moi, une moi que je connais pas. La petite moi, la Petite Delphine.

Dans son article, Maman Orange donne des pistes pour se reconnecter à son enfant intérieur. Moi, je trouve ça flippant. Mais à un moment donné, quand on veut avancer, faut regarder les choses en face. Il y a ce passage de l’article qui continue de résonner en moi « je n’ai rien à craindre de moi-même ». Oh si seulement ! J’ai peur, tellement peur. Peur de moi, peur de souffrir, peur de me perdre dans ma propre noirceur et de ne jamais revenir.

J’ai peur mais très envie aussi. Comprendre, me connaître, m’accepter enfin. Je suis convaincue qu’on ne peut pas être soi, et être bien en étant soi, si on ne tend pas la main à son enfant intérieur (Maître Dong, bonjour). Alors, j’ai pris mon courage à deux mains, et j’ai été à la rencontre de la Petite Delphine. Comment vous dire… Je ne peux même pas vous raconter cette expérience… Je vous invite à faire vous-même.

Je peux juste dire que je ne m’attendais pas à ça. J’ai visualisé la Petite Delphine, et d’un seul coup, tout est sorti. Un rejet puissant, du mépris, de la haine même. De la honte, aussi, et le spectre de la punition, comme si je devais payer encore et encore. Quoi ? je ne sais pas encore… Les vannes se sont ouvertes. Je n’ai pas envie de m’étaler, je garderai les détails pour moi, mais ce que ressent la Petite Delphine à propos d’elle-même, c’est pas joli-joli. J’ai accueilli cette souffrance, mais c’est difficile car elle est très vive et extrême. J’en suis encore bouleversée.

Et puis, tout naturellement, comme après un tsunami, une déferlante d’aversion et de détestation, la mer s’est retirée et la haine s’en est allée. C’était moche, c’était abîmé, mais la tempête était passée. Et il est arrivé un truc assez dingue. La femme que je suis a séché les larmes de la Petite Delphine, elle lui a dit « Tu COMPTES. Tu es IMPORTANTE. Tu as le droit de vivre et d’être toi-même. AIME-TOI. Aime-toi pour ce que tu es, là, en-dedans. Tu es belle, et brillante. Drôle aussi. Tu es petite, mais je t’écoute. Je suis là, j’ai tout mon temps. Ton avis compte pour moi. »

Comme après un tsunami, il va falloir du temps, beaucoup de temps, pour que la plage de mon âme retrouve un aspect proche de son aspect initial.

La route est encore longue. La reconnexion avec mon enfant intérieur s’est faite dans la douleur et les larmes, mais c’est déjà un bon début. Et qui sait, pour l’instant je n’y arrive pas mais peut-être même qu’un jour je saurai dire à la Petite Delphine « Désolée, pardon, merci, je t’aime ».

Merci Ary <3

4 thoughts on “Petite Delphine

  1. Très doux comme article. Si si. Malgré la haine, le dégoût et toutes ces choses négatives, tu as su te tendre la main, sécher tes propres larmes, et commencer doucement à te pardonner…… Pourtant la petite Delphine ne devrait pas avoir peur…. elle est petite, enfant, douceur, sourire….. Ne sois donc pas trop dure avec toi. Tu as dû construire des carapaces de protection et personne ne peut t’en vouloir pour ça.
    Tu as commencé un très beau chemin. Continues ! Tu es une belle personne et j’ai plaisir à te lire. Bisous.

  2. C’est dur mais c’est beau et c’est puissant…
    Quand je réfléchi à mon enfance et à ma petite Jessica, j’enrage, et d’autant plus depuis que je suis moi-même mère… J’enrage de ce que mes parents m’ont fait subir chacun à leur manière consciemment ou non et je me dit chaque jour que JAMAIS AU GRAND JAMAIS je ne reproduirait tout ceci avec ma fille, et depuis peu avec mon fils… Mais j’ai tendance à perdre les pédales et à ne plus supporter les choses, les gens… Moi – même… Et je deviens moche à l’intérieur, je me plains, je râle, je m’énerve et je me renferme… C’est dur d’être satisfait et encore plus dur d’être satisfait de soi, mais c’est un travail que je fais au quotidien car lassée d’être devenue quelqu’un de « tout pourri » et de le faire payer à mon entourage…
    C’est dur de se sentir seule face à soi même…
    Courage… On y arrivera !

  3. Juste un immense merci pour ces textes, ces émotions que tu partages ici… Tout me touche dans tes écrits, je retrouve tellement de choses que je ressens aussi… Ton texte sur la difficulté de se laisser aller à danser « pour de vrai » a résonné chez moi, et celui-ci sur l’enfant intérieur… Une vraie claque également ! Grâce à tes motsj’ai trouvé le courage de commencer à tâtons cette démarche qui me fait si peur aussi, peur de rencontrer cette enfant intérieure et de ne pas savoir faire face à sa douleur, à ma douleur…
    J’ai hâte de continuer à suivre les bouts de chemin que tu nous fais la joie de partager.

  4. C’est difficile de combler les vides de son enfant intérieur ❤️ J’avais conscience des manques de la petite Marie mais ma colère était trop forte pour avancer… En hypnotherapie, j’ai rencontré la petite marie. Elle avait envie de jouer toute seule, sans responsabilité, sans choses d’adulte à faire, sans jugements et sans peur de s’en faire rouspéter. Moi, la Marie de 33 ans, j’ai été voir la petite Marie de 8 ans. Je l’ai prise dans mes bras, je lui ai dit de pleurer, qu’elle avait le droit d’etre en colère, que ce qu’elle ressentait était légitime. Je lui ai dit qu’elle pouvait aller jouer maintenant, que la Marie de 33 ans gérait, qu’elle la protégerait maintenant qu’elle sait. J’ai pleuré en lui faisant un énorme câlin comme je le ferai à un de mes enfants. Elle m’a souri et est parti jouer à la Barbie dans sa chambre à moquette bleue. J’ai refermé la porte en lui disant de jouer tranquillement, que j’etais là pour tout prendre en main. Je me suis vu jouer, légère, sans peur qu’on me surprenne et qu’on me punisse pour n’importe quelle raison. La petite Marie semblait libérée d’avoir été entendue. La grande Marie a descendu l’escalier fière d’avoir réconfortée la petite Marie qui était tellement en colère.
    Depuis je comprends mieux cette colère violente qui me rongeait. Je m’autorise à être moi et à combler cette petite Marie qui m’a bien protégée toutes ces années, elle le mérite bien 😉

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