Non classé, un peu de moi

Stérile

Voilà un article que je pense garder pour moi. Pas un article donc, mais un récit intime.

J’ai lu hier que les personnes qui consignaient leurs expériences et leurs émotions tendraient à mieux les gérer. Et je me suis souvenue de ce temps où je noircissais moi aussi des pages de cahiers de mes pensées les plus intimes. Oui, j’aime assez l’idée du journal intime.

Ceci dit, peut-être bien que je publierais quand même cette note intime… Ce qui me retient ? La peur. La peur de blesser. Et à réfléchir, vivre dans la peur, ce n’est pas ce dont j’ai envie. Peu à peu, je me défais de nombreuses croyances négatives à mon propos, je trie. Et la peur m’étouffe. C’est peut-être une bonne thérapie, alors, de me lancer et de me dire que quoiqu’il arrive, il y aura des déçus, des pas d’accord, des qui se mettront en colère, des qui ne diront rien.

Parce que c’est la vie et c’est ce qui fait sa richesse, non ? Les échanges. J’ai passé tant de temps à arrondir les angles, à gommer ma personnalité et mes valeurs, pour ne pas faire de vagues… Je me suis perdue en route et j’ai bien cru que j’allais y rester. La dépression… c’est comme une toile que tu tisses pendant longtemps, très longtemps et bien soigneusement autour de toi, tant et si bien que tu finis par t’y asphyxier tout seul.

Mais revenons à ce mot : « gommer ». Depuis toute petite, j’ai gommé, ou essayé de gommer une partie de moi-même, une partie pourtant fondamentale et structurante de mon être : ma féminité. Oh, si j’avais pu effacer ce sexe féminin symbolique, oui, je l’aurais fait sans hésiter ! Il m’aura fallu 30 ans, deux fils, une âme partie trop tôt et une thérapie assez mystique et incroyable pour le comprendre.

J’ai voulu gommer la femme en moi. J’ai voulu effacer la lune.

Tiens c’est drôle, ce blog s’appelle Bout de Lune. Ce nom, je ne l’ai pas choisi, c’est lui qui est venu à moi. Et aujourd’hui je me rends compte que je recolle les morceaux, j’assemble les pièces du puzzle, je rassemble mes bouts de Lune…

Une femme sans féminité, un ciel sans lune, ce n’est rien d’autre qu’un désert désolé, un milieu stérile où rien ne peut germer. Stérile. J’étais stérile. Pas dans mon corps, non, dans mon âme. Oh petit visiteur du mois de septembre… Quand tu es venue te nicher au creux de moi, j’ai su, j’ai reconnu ces vibrations. Two of a kind, as they say. Entre femmes, on se reconnaît, c’est comme ça que j’ai su. Marthe, Suzanne. Je dois te dire merci. J’ai mis du temps à comprendre et la route est encore longue, les marches à gravir encore nombreuses et pourtant, tu as toute ma gratitude.

Maintenant j’ai compris, je sais. Stérile, j’étais stérile.

2 thoughts on “Stérile

  1. Ta façon d’écrire est si touchante, tes paroles sont justes, c’est très émouvant de te lire à chaque fois.. merci de te livrer comme ça, de me toucher..

  2. Joli récit… cependant on sent encore une grande culpabilité vis à vis de cette fausse couche. Ta « stérilité » intérieure de ce moment ne peut être la seule cause. J’ai vécu une fausse couche avant de tomber enceinte de ma deuxième fille. Et la façon la plus facile de la vivre (pour moi) a été d’y voir la cause physiologique, scientifique, medicale. Je suis porteuse d’une maladie génétique et je sais à quel point les gènes sont farceurs… une fausse couche est pour moi un phénomène naturel qui permet de ne pas faire vivre un embryon malade, porteur de gènes malades, ou encore de chromosomes défectueux. Alors bien sûre j’ai été triste de me dire que ce petit bout n’avais pas pu vivre et grandir en moi. Mais je sais que s’il n’a pas vécu, c’est qu’il ne le pouvait pas, et pas à cause de moi personnellement, mais à cause de la nature, qui finalement a fini son travail naturellement.
    Loin de moi l’idée de juger ton parcours, au contraire! Juste de t’apporter une autre vision des choses.
    En tout cas tu as bien raison d’écrire! Parce que cela fait du bien mais aussi parce que tu écris bien!!
    Sophie

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